Edito

Edito
Le divertissement est devenu l’une des dimensions cardinales de notre « condition » contemporaine. Des jeux en lignes à la politique spectacle, du zapping au wellness, notre environnement immédiat vibrionne d’un excès de stimulations, d’informations et d’impulsions. Le temps devient une suite d’urgences dans laquelle la perception elle-même est fragmentée et dispersée. Que signifie alors être diverti ? A quoi tiennent au juste la force et la valeur du divertissement ?

En un temps où la Société du Spectacle ne cesse d’étendre l’empire des divertissements standardisés, le présent est haché, envahi, rempli par une masse d’informations et un flux parfois oppressant d’occupations. Ceci vaut de la sphère publique (les news, les alertes, les flux RSS, la com) comme de la sphère privée saturée, elle aussi, de messages, d’appels, de réactions, de sollicitations. Le zapping est en effet devenu l’un de nos modes les plus courants de relations aux choses et aux personnes. Avant tout parce que nous avons le choix : choix parmi les produits offerts à la consommation et qui sont en concurrence féroce, choix parmi les informations proposées en continu sur d’innombrables chaînes, choix parmi les divertissements, choix entre occupations sur ordinateur (mail, chat, pornographie, jeux, infos, curiosité, forum, discussions), choix parmi les personnes (proches, amis, camarades, collègues, inconnus rencontrés sur des forums ou des sites de rencontre, au hasard d’une chatroulette).

Des smartphones aux tablettes, en passant par la domotique ou la robotique, notre écosystème a considérablement évolué au profit d’un monde hypra-connecté dans lequel les énergies existentielles qui assurent le fonctionnement du système, sont les fruits du désir — de la libido — des producteurs d’un côté, et des consommateurs de l’autre. Cette édition de la Biennale est ainsi consacrée aux multiples formes artistiques de « fragmentations » de l’attention : jouant non seulement sur la notion ludique, intégrant notamment tout l’apport des nouveaux outils numériques, mais aussi les idées développées aujourd’hui par les artistes sur le jeu et l’addiction.

Michel van der Aa, compositeur et plasticien néerlandais, est l’un de ceux qui, dès ses premières œuvres, s’est intéressé à ces états de conscience. Ses œuvres traduisent une préoccupation constante pour tout ce qui touche à cette « manipulation » manifeste du temps psychique. A son actif, outre les œuvres de spectacle faisant usage des technologies de pointe, un film-opéra en 3D, deux « opéras minute » télévisuels, un opéra interactif Internet… Nous sommes heureux de pouvoir présenter la plus grande rétrospective jamais organisée de son travail.

Damien Pousset, Directeur Artistique