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Ce n’est pas un concert que nous a offert l’AmphiOpéra ce mercredi 09 mars, mais bien un voyage. Un voyage vers des sonorités et des couleurs d’une finesse immense. Nous nous sommes laissés conduire par un merveilleux Quatuor Diotima au sommet de son art (qui va bientôt fêter ses 20 ans). Oubliez les quatuors de Mozart ou de Haydn et laissez-vous transporter.

Le quatuor a tout de suite installé une atmosphère secrète, inexplicable pour la première escale avec Distant voices de Toshio Hosokawa. Les premiers sons si finement joués, émergents progressivement du néant. Puis, les « voix distantes » se font de plus en plus audibles, s’adressant à l’auditeur dans un langage très subtil et aérien. Le compositeur ne conçoit pas le quatuor comme quatre instruments séparés, mais comme une seule entité, hydre musicale à plusieurs têtes. Le tempo très lent et la grand utilisation des harmoniques redéfini le temps musical mais surtout, le Temps avec un grand « T ». La perte de repère temporelle est nécessaire pour voguer sur des flots musicaux et écouter les douces voix des sirènes. Parfois, les voix se rapprochent, faisant accélérer notre respiration jusqu’à ce qu’elles repartent d’où elles viennent, un endroit mystérieux où règne la subtilité. Avant l’embarquement pour l’escale suivante, les sons s’éteignent pour nous laisser cois, dans cette salle éclairée par de simples bougies éparses.

La destination suivante, Farrago, prouve à la fois l’extrême virtuosité d’écoute du Quatuor Diotima et le talent de Gérard Pesson. Le compositeur n’est plus musicien mais sculpteur, travaillant la matière sonore, utilisant les effets de jeux des instruments avec une virtuosité déroutante. Certains passages nous font douter de nos sens : est-ce vraiment un quatuor qui effectue une performance devant moi ou est-ce une bande sonore pleine de sons électroniques et travaillés par ordinateur ? Cette deuxième pièce est basée sur une alternance entre des passages débordants d’énergie, où le son est bruit et des moments plus lents où apparaissent des notes et une polyphonie. Les périodes de calmes ne sont jamais énergie, il y a toujours une tension sous-jacente qui demande une précision de maître horloger au quatuor. Les amoureux de quatuors classiques sont priés d’attacher leur ceinture. Bien que la destination nous touche au plus profond, le séjour est un peu trop

Le voyage se termine avec le Quatuor à cordes de Maurice Ravel. L’unique quatuor de ce compositeur est une réelle peinture : les lignes des quatre instruments s’unissent pour offrir aux oreilles de l’auditeur une spacieuse palette de couleurs. Cette œuvre se situe entre tradition et modernité, avec le début du Quatrième Mouvement qui préfigure les deux œuvres entendue plus tôt dans ce voyage. Cette pièce n’a pour seul défaut que d’être unique.

Enfin, il convient de remercier le personnel de bord qui nous a permis un tel voyage. Le Quatuor Diotima nous fait vivre la musique. On sent plus que de la complicité dans leurs regards, de la maîtrise dans leurs gestes, de l’âme dans leurs traits. Si les œuvres jouées renouvellent le timbre du quatuor, c’est grâce à une formation exceptionnelle. Leur virtuosité n’est pas une démonstration technique à laquelle certains interprètes s’adonnent, leur virtuosité est celle qui touche âme. « Le virtuose ne sert pas la musique, il s’en sert » Jean Cocteau.

Léo Sanlaville