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Cette année, la biennale Musiques en Scène nous propose un programme assez riche et varié où l’interdisciplinaire prend une dimension particulière. Celui-ci est fortement représenté par le compositeur néerlandais Michel Van Der AA invité spécial de cet évènement. Le 3 mars dernier, j’ai eu l’occasion d’assister à la projection du film Up-close  (2010) qui en effet à mon avis, plus qu’une simple vidéo, est une œuvre complexe et multidisciplinaire. La soirée a également été conclue par la présentation du making of de Sunken Garden (2011), opéra du même compositeur, précédée par un moment d’échange avec lui à propos de son travail et son parcours comme artiste.

Michel Van der AA nous invite en tant que spectateurs à une perception complètement « audiovisuelle » à travers Up-close. Ce dernier mélange image et musique, performance musicale et gestuelle, sons acoustiques et électroacoustiques, théâtre et cinéma. L’œuvre échappe à toute tentative de classement a priori, et en même temps nous montre certains contacts avec des genres et des formes précis. Tout est magistralement conçu à travers un fil dramaturgique où les différents éléments sont bien imbriqués et en même temps indépendants avec un certain parallélisme, ce qui nous permet d’avoir différentes lectures et approches en temps réel. En effet, nous sommes face à un écran sur lequel est projetée un film. Celui-ci nous montre un orchestre sur scène, avec en arrière-plan un autre écran de projection vidéo. L’œuvre s’inspire, selon les commentaires du compositeur lors de son entretien au théâtre de la Renaissance, d’un membre de sa famille résistant qui, pendant la guerre en 1940, envoyait des messages clandestins. Dans le film, on peut voir des relations parallèles entre l’actrice qui apparaît sur la vidéo en arrière-plan et la violoncelliste sur scène, qui par moment nous semblent être la même personne dans des temps différents – une sorte de passé-présent –, ou bien les mondes distincts, intérieur subjectif et extérieur du personnage. En tout cas, le montage du film et le fait pour nous d’être du côté du « quatrième mur » face à un écran (qui à la fois, nous montre un concert et en arrière-plan un deuxième écran avec une vidéo) nous permet de nous immerger dans ces deux mondes et d’en émerger. Mais aussi, ce montage nous maintient à distance et nous évite de faire des choix entre les différents niveaux. De cette façon, c’est le compositeur lui-même qui a le contrôle. Tout cela nous montre aussi la grande capacité de Michel Van Der AA (compositeur, artiste-vidéo et metteur en scène) à concevoir un art complexe où rien n’est laissé au hasard. C’est peut-être pour cela que Up close est une pièce dense et compacte.

Finalement, assister à cette représentation est l’occasion d’affronter l’art du XXIe siècle, un art qui transgresse toutes les frontières et qui se sert de tous les langages pour construire une nouvelle identité. Michel Van Der AA est un des ces compositeurs nécessaires pour l’époque, de ceux qui apportent une nouvelle lumière, une nouvelle façon d’entendre et de voir. Qui n’ont pas de limites pour construire leur univers et qui ouvrent de nouveaux chemins vers la composition, l’interprétation et la perception. C’est un choix d’une grande cohérence de l’avoir invité à la Biennale.

Yanier Hechavarría Mayas