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Foxtrot Delirium : un ciné-concert drôle et subtil

A la fois drôle et explosif Foxtrot Delirium a offert au public un délicieux moment de détente. Pendant cette ciné-concert, la musique du film de Ernst Lubitsch, La princesse aux huîtres (1919), composée par Martin Matalon a été joué par l’orchestre Ars Nova ensemble instrumental.

Les personnages du film sont tous plus burlesques les uns que les autres. Le père, un marchand d’huîtres qui a fait fortune, possède un château d’une grandeur démesurée et est entouré par des valets pour l’accompagner et le servir dans ses moindres gestes. Sa fille, la caractérielle et capricieuse princesse aux huîtres, empressée de se marier, épouse sans le savoir l’assistant du prince que son père avait choisi pour elle. Ce fameux prince au physique parfait est endetté, alcoolique et a la phobie du mariage. C’est finalement par un retournement de situation digne d’un anti-conte de fée que le vrai prince tombe sous les caresses de la princesse à l’occasion de l’engagement de cette dernière dans une ligue anti-alcoolique.

On rit de bon cœur face aux situations décalées que donne à voir le quiproquo, quand, par exemple, l’assistant du prince s’enivre ouvertement pendant tout le repas de noce et prononce comme seuls mots à ses invités « Je n’ai jamais aussi bien mangé ». L’enchaînement des situations, bien qu’invraisemblable, reste toujours parfaitement et subtilement maîtrisé. Les gros plans des personnages, comme celui du père à demi-endormi avec une mouche sur le visage, ou ceux du visage de la princesse en colère, montrent des visages expressifs, déformés, presque monstrueux, et c’est bien ce qui nous fait jubiler.

On pourrait parler d’une chorégraphie filmée tant les déplacements des personnages, individuels ou en groupe structurent et donnent son charme au film. Dans l’acte II, la toilette de la princesse est avant tout le moment d’un affairement général de ses innombrables servantes autour d’elle. Mille mains s’agitent et fourmillent, tous ces corps uniformes s’organisent et se composent pour n’en former qu’un seul, immense, au service de la princesse. Pendant ce temps, on voit l’assistant du prince qui, littéralement, tourne en rond dans le hall du château, autour d’un pot de fleur. La danse prend incontestablement une place majeure dans le film, quand, marquant une coupure dans la trame narrative, on assiste à l’épidémie de Foxtrot qui se répand dans la maison à travers des scènes de danses délirantes. Les invités, mais aussi les valets et servantes, le père, tout le monde est « contaminé » par ce Foxtrot. Jusqu’au chef d’orchestre qui balance son popotin de gauche à droite tout en dirigeant.

Concernant la musique, le compositeur a pris le risque de composer une musique pour, selon ses propres dires, créer une troisième œuvre qui résulterait de l’addition du film et de la musique.Le pari est selon nous réussi, l’esprit burlesque que le film ne cesse de mettre en scène est admirablement bien retranscrit musicalement sans toutefois coller littéralement au film. Dans la scène évoquée ci-dessus par exemple, le véritable orchestre ne joue pas ce Foxtrot sur lequel les personnages du film dansent et le rythme pris par l’orchestre renvoie seulement de loin à leur mouvement. La distance musicale gardée avec le contenu même du film fait ressortir la distance humoristique que le spectateur a face à la pièce. La musique de Martin Matalon est une œuvre à part entière, qui ne se cantonne pas à correspondre aux images, mais plutôt à créer des parallèles et établir des relations entre musique et images. Elle ne s’ajoute pas seulement au film, mais elle exploite et met en avant son esprit humoristique, pour finalement, recréer une œuvre à part entière.

Le résultat général est réussi : l’œuvre, complètement déjantée, n’en reste pas moins très bien construite. Accessible à tous, divertissant et intelligent, le ciné-concert Foxtrot Delirium est un véritable petit bijou que le public ne peut que prendre plaisir à voir.

Joséphine Scampini

1 Voir le site de l’ensemble Ars Nova, sur lequel on trouve une citation de Martin Matalon à propos de Foxtrot Delirium : http://www.arsnova-ensemble.com/#spectacle/foxtrot-delirium