FÉV. 27 28
MARS. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21

Un vieil adage nous affirme qu’un magicien ne révèle jamais ses secrets. Mais lors de cette troisième soirée du cru 2016 de la Biennale Musiques en Scène, nous avons pu plonger dans les coulisses de la création contemporaine. La soirée était composée de deux projections de films de et sur l’invité d’honneur de la biennale, Michel van der Aa, entrecoupées d’une rencontre avec le compositeur. Nous avons pu voir un homme très accessible et drôle qui possède un vrai recul sur son travail (parfois avec humour).

Le premier film, Up-Close, est une œuvre déroutante où la musique et la vidéo se mêlent, s’entrecroisent pour nous offrir un résultat plein de prouesses techniques. La violoncelliste Sol Gabetta fait surgir du silence la musique, par un simple motif au début, puis va dialoguer avec un orchestre de chambre et une bande son. Michel van der Aa établi un véritable dialogue entre la partie instrumentale et l’électronique. L’originalité de ce film-performance réside en la duplicité des rôles : la soliste est aussi actrice. Elle est liée avec Vakil Eelman, actrice, qui nous entraîne dans un monde inquiétant. Ces deux univers parallèles sont reliés via Sol Gabetta et Vakil Eelman, habillés de la même façon, le lieu de la salle de concert noire, et certains objets comme la lampe. La musique fait une passerelle entre ces deux espaces temps, finement composée pour parfois laisser la place à l’action tout en créant une atmosphère angoissante, où l’on a toujours l’impression d’être épié, pressé par une force dont on doit se cacher. Lors de l’entretien, le compositeur nous a dévoilé que cette œuvre est à mettre en relation avec sa propre histoire, d’un membre de sa famille résistant durant la Seconde Guerre Mondiale qui envoyait des lettres codée.

Michel van der Aa est un artiste qui aime croiser les univers, les arts. C’est un artiste multiple qui peut s’inscrire dans l’esthétique de l’art total de Richard Wagner. Le film Making of « Suken Garden » en est la preuve. On y voit cet artiste touche-à-tout non pas dans son travail de composition (ce qui est le seul bémol du film) mais dans la mise en scène du premier opéra en 3D Suken Garden (traduit par Le jardin Englouti lors de son passage à Lyon l’année dernière). Les œuvres du compositeur sont marquées d’une recherche constante de nouveauté et, dans son processus créateur, Michel van der Aa souhaite un renouvellement pour lui, comme pour son public. Il nous a expliqué que la présence récurrente d’une dualité entre deux mondes différents vient de son enfance et des cauchemars fréquents qu’il faisait à l’âge de 7 ou 9 ans. C’est grâce à la musique qu’il s’est soigné et a su que son métier serait dans ce domaine. Les deux mondes différents sont aussi le mélange qu’il fait entre la musique contemporaine et la musique populaire. C’est un compositeur qui est inscrit dans son temps en ne négligeant pas notre société actuelle : il se justifie de l’utilisation de la vidéo et de certains sons car notre monde est entouré de son et d’images, alors il ne faut pas se limiter et se nourrir de notre environnement. Le documentaire nous montre son perfectionnisme jusqu’à la dernière minute car il a des idées très claires qui donnent un résultat stupéfiant et frais, sentant bon la modernité et dépoussiérant les vieilles institutions telles que l’opéra (il dit lui-même que ses travaux sont mieux reçu par les jeunes que par le public dit « traditionnel »).

Une soirée réussie pour la Biennale qui a offert au public du théâtre de la Renaissance un film-performance exceptionnel et novateur ainsi qu’une rencontre unique avec un compositeur simple et qui par sa passion nous a donné envie d’assister à toutes les représentations de Musiques en Scène. Nogmaals dank !

Léo Sanlaville