FÉV. 27 28
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Quand on se réveille les souvenirs de nos rêves flottent en nous silencieusement,
comme des photos abîmées. Mais n’est-ce pas l’univers sonore intérieur qui emporte
dans l’océan du sommeil ? C’est ce que rappellent quelques fantômes.
Un air connu, à la tombée de la nuit. Puis les oreilles s’engourdissent, tout se noie
imperceptiblement dans l’obscurité et les abymes insoupçonnés du son. Bach fond
dans les oreilles et s’écoule dans tout le corps.
Moment de suspension, de Traümerei, à plusieurs diapasons. La respiration se perd
dans les mystères d’un monde – toujours le même, mais déformé, sublimé, empiré, où
souvenirs deviennent fantasmes, ou cauchemards.
Impossible d’échapper à la Reine de la nuit, à sa puissance impassible, dont la voix se
cale sur les battements du cœur.
Des pas, des sauts, des pirouettes sur un piano. Qui joue ? Invisible. Tout comme
Scarbo, qui n’apparaît que dans une musique endiablée. Une lumière poursuit une
ombre. Ce cher Ravel ! Le voilà, dans un éclair de lucidité, juste avant l’éveil.
Avant le réveil.
Simon Steen-Andersen et son équipe musicale et technique nous offrent une belle
performance, juste le temps d’un sommeil. Une réécriture et revisitation d’œuvres de
Bach, Schumann, Mozart, Ravel, qui chantent puis hurlent la nuit, pour nous en révéler
les fantasmes drôles et inquiétants. Dans la nuit, plus de temps et plus de lieu –
laissons-les nous plonger dans les profondeurs sonores de notre mémoire, de nos
attentes, de notre sommeil.